L'HISTOIRE DU CHATEAU DE SOMMIERES * 8/07/2017 21:37:34 *
Si le château de Sommières m'était conté...
par
YVES BRUNEL

 
Si le château de Sommières m'était conté...     1/5
Quand Bernard Trois, seigneur d'Anduze, 
Edifia notre château 
Son choix ne devait rien aux Muses 
S'il se porta sur ce coteau.
C'est plutôt Dieu Mars, on s'en doute 
Qui lui dit: « nous aurons ici 
Un château fort que l'on redoute 
Et qui ne soit à la merci. »
Car le lieu était stratégique 
Au croisé de bien des chemins 
Dominant de façon magique 
Le névralgique pont romain.
Nous étions en plein moyen âge 
L'an mil arrivait angoissant 
I1 allait grandir mon village 
Grâce à ce protecteur puissant.
Mais il en soutiendrait des sièges, 
I1 en subirait des assauts, 
Et il en déjouerait des pièges
Car c'était un sacré morceau !
Les Bermond d'Anduze et de Sauve 
Etaient les seigneurs du château 
Ce ne furent pas de grands fauves
Ils vont nous le montrer bientôt.
 
Car contre la croisade honnie 
Menée par Simon de Montfort 
O pardon mon Occitanie ! 
Ils ne firent que peu d'efforts.
Ils n'en firent pas davantage 
Quand Louis Huit vint sous leurs murs 
I1 eut vite pris l'avantage 
Et les cueillit comme fruits mûrs.
Leur soumission fut désastreuse 
Elle ouvrait la voie aux barons 
Et leur expédition honteuse 
Allait désormais tourner rond.
Mais quand enfin ils se reprirent
Voulant soutenir Trancavel
C'était trop tard pour que n'expire
Le Pays d'Oc en tant que tel
On dit qu'ici la Reine Blanche 
La mère « d'assassin Louis » 
Vint prier par un beau dimanche 
Devant le bon peuple ébloui.
C'est sur le chemin d'Aigues Mortes 
En rejoignant le roi croisé 
Qu'elle aurait fait stopper l'escorte 
Charmée par ce site boisé.

 
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Etait-elle, comme on l'assure, 
Accompagnée de Louis Neuf 
La chose n'est pas des plus sûres 
Et n'apporterait rien de neuf.
Plus tard s'il vint, comme on le pense, 
En tant que mâître de ces lieux 
C'est pour inspecter les défenses
Et les fortifier au mieux.
Siècle suivant, autre monarque, 
C'est Philippe Six de Valois, 
Encore un visiteur de marque 
Cherchant à imposer sa loi !
Les quelques incursions anglaises 
Pendant la guerre de cent ans 
Virent l'assaillant mal à l'aise 
Sur nos murs se casser les dents.
Certains historiens prétendent 
Qu'un siège fut victorieux 
Et que les Anglais et leurs bandes 
Furent un temps comme chez eux.
Puis survint l'atroce querelle 
Des Armagnacs et Bourguignons 
Du côté de la Coustourelle 
On sut choisir ses compagnons.
 
A Jean Sans Peur et la Bourgogne 
Nos seigneurs vont se rallier 
Manifestant ainsi leur grogne 
Au roi Charles fou à lier !
La lutte fut longue et violente
Et l'on croyait n'en voir la fin
Quand se montra dans la tourmente
Charles, futur Sept, le Dauphin
Après quatre années de souffrances 
Vint le temps de la reddition 
La résistance au roi de France 
Devenait une tradition !
Et quand apparut la Réforme 
Portée par un souffle puissant
Son audience fut énorme 
Sommières: quatre-vingts pour cent !
Mais allaient commencer, affreuses, 
Les guerres des deux religions 
Aux conséquences malheureuses 
Marquant à jamais la région.
Sièges cruels qui se succèdent, 
Le château fort pris et repris, 
Deux partis dont aucun ne cède 
Toujours prêts à mettre le prix.

 
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Prix des ruines, du sang, des larmes 
Que l'on doit payer, c'est fatal, 
Lorsqu'il n'y a plus que les armes 
Pour que s'exprime un idéal.
Notre château, dans ces batailles, 
Bien que meurtri tenait toujours 
I1 lui manquait quelques murailles 
Et surtout l'une de ses tours.
Puis ce fut comme un doux entracte 
Le règne du bon roi Henri 
Qui avec Dieu conclut un pacte: 
Une messe contre Paris !
Alors une paix rayonnante, 
Comme un souffle de liberté 
Nous vint avec l'Edit de Nantes 
Et les places de sûreté.
Désormais dans toutes ces places 
Où les protestants dominaient 
Leur religion avait sa place, 
Les tourments étaient terminés.
Mais l'accalmie ne dura guère 
Le Béarnais assassiné 
Ce fut le retour de la guerre 
Qui aussitôt se dessinait.
 
Ici de grands noms guerroyèrent: 
Rohan, Condé, Montmorency 
Ont tous déployé leur bannière 
Et le roi Louis Treize aussi.
C'est le cinquième roi de France 
Qui venait sans être invité. 
Triste record sans concurrence 
Pour notre petite cité !
Un nouveau siège pour l'histoire 
Le tout dernier nous concernant 
I1 ne fut pas une victoire 
Et constitua un tournant.
Car désormais, triste revanche 
Ce sera la reprise en main 
La répression en avalanche 
Et la mort sur tous les chemins.
L'horreur grandirait à mesure 
Franchissant toujours des degrés 
Véritable guerre d'usure 
Pliant chacun contre son gré.
Mais c'est au siècle des lumières 
Que la nuit telle un noir manteau 
S'est abattue sur notre terre 
Prise comme dans un étau.

 
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Révoquant l'Edit d'Henri Quatre
Un roi que l'on disait soleil
Allait nous forcer à nous battre
Pour un idéal sans pareil
La liberté de conscience, 
On doit l'appeler par son nom, 
Etait toute notre espérance 
N'en déplaise à la Maintenon !
Bravant la roue ou la galère 
Et faisant la nique aux dragons 
Chantant sa foi et sa colère 
Un peuple sortait de ses gonds.
De la Cévenne à la Vaunage 
Au nom d'un même Dieu, hélas ! 
Ce furent d'horribles carnage 
Dont on serait bien vite las.
Mais ceux qui menaient la bataille 
Cavalier et ses Camisards 
N'ont pu ici trouver la faille 
Signe du destin ou hasard ?
Car venus investir la place 
Ces combattants de l'Eternel 
Firent très vite volte-face 
Se repliant par Garanel.
 
Ce fut la dernière escarmouche 
Après tant et tant de combats
Plus de boulets ni de cartouches
N'interviendraient dans le débat.
Perdant sa vocation première 
Notre solide château fort, 
Conçu pour bien faire la guerre, 
Devenait prison sans confort.
Pendant la période infâme 
Qui vit se succéder trois rois 
Dans la tour souffrirent des femmes 
Irréductibles dans leur foi.
Les pauvres étaient en instance 
De transfert vers une autre tour 
La sinistre tour de Constance 
Où beaucoup finiraient leurs jours.
Après cent deux ans de misère 
Vint le temps de la liberté 
Au château plus de prisonnières 
Mais une autre captivité.
Celle qui ne sera pas pire 
De nombreux soldats étrangers 
Que la Convention puis l'Empire 
Nous avaient chargés d'héberger.

 
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Par quelle aberration peuchère 
A-t-on pu décider un jour 
Que le château mis aux enchères 
Serait vendu hormis la tour !
C'est pourtant cette mascarade 
Qui eut lieu en mil huit cent neuf 
Un vieux château fort que l'on brade 
Et pas pour en refaire un neuf !
Aujourd'hui tout ce qui nous reste
La tour carrée, quelques remparts, 
Mais c'est notre chanson de geste 
L'image des derniers départs.
 
C'est le château de notre histoire
Riche de tant d'événements
Revivant dans toute sa gloire
Lui qui n'est plus qu'un monument
Voilà ma bande dessinée .
En vers, à défaut de dessins, 
Je l'avais surtout destinée 
A conter, sans autre dessein.
La passion fut parfois plus forte, 
L'on voudra bien m'en excuser, 
Car.le passé n'est lettre morte 
S'il revit, c'est pour accuser !
 

Yves BRUNEL 

1573  :  siège de SOMMIERES  par le Maréchal DANVILLE (partiel)